Comment sortir de la fatigue de compassion grâce à la théorie polyvagale ?

La théorie polyvagale est une théorie psychophysiologique qui explique comment le système nerveux autonome régule nos comportements et nos émotions. Elle est basée sur l’hypothèse que notre système nerveux est composé de trois systèmes neuro-végétatifs qui interagissent entre eux et jouent un rôle dans la régulation de notre état physiologique et émotionnel. Découvrez comment la compréhension de la théorie polyvagale se révèle un atout pour l’accompagnement en coaching ou en thérapie, mais aussi dans toutes nos relations interpersonnelles.

La fatigue de compassion et ses symptômes au niveau du physiques, des émotions et du mental

Selon le Dr Pascale BRILLON, Psychologue spécialisée en deuil et stress post traumatique

Hôpital Sacré Cœur de MONTRÉAL : « la fatigue de compassion, c’est une usure profonde et douloureuse à la détresse d’autrui. Il s’agit d’un état d’épuisement et de saturation dans la relation d’aide »

Les symptômes s’exprimant dans la fatigue de compassion peuvent se manifester sur les plans :

–       Physiques avec par exemples des migraines, des problèmes de sommeil, des tensions musculaires, une fatigue profonde dans laquelle le corps n’a plus d’énergie, des troubles digestifs et un manque d’appétit, une baisse des défenses immunitaires pouvant mener à l’arrêt maladie ou à un burn-out, c’est-à-dire un état d’épuisement total avec bien souvent des troubles anxieux généralisés.

–       Émotionnels avec par exemple, une humeur dépressive, un sentiment de désespoir, l’ennui profond, le découragement, l’anxiété, des crises d’angoisse, la colère, l’hypersensibilité et l’irritabilité.

–       Mentaux, avec par exemple, des troubles de l’attention, une perte de mémoire, des difficultés de concentration, une insatisfaction profonde, une perte de sens pouvant aller jusqu’à la déréalisation et dépersonnalisation.

–       Comportementaux, avec par exemple un manque d’envie d’aller en séance coaching ou thérapie, la sensation de « décrocher » lors du discours du client ou d’être « vidé(e) » à la fin d’une séance.             

En contrepied, le Dr Brillon définit la satisfaction de compassion comme étant « le plaisir qu’une personne ressent lorsqu’elle vient en aide à quelqu’un et/ou contribue positivement à la société. En exprimant sa vocation, l’accompagnant ressent un profond plaisir à contribuer au développement des personnes en utilisant ses talents et ses compétences.

Stephen Porges, le fondateur de la théorie polyvagale (ou TPV)

Stéphen Porges, professeur de psychiatrie à l’Université de Caroline du Nord et scientifique émérite à l’Université de l’Indiana, est l’auteur de la Théorie Polyvagale. Elle est aussi qualifiée de science de la relation. Elle est une étude spécifique du système nerveux autonome avec comme acteur principal, le nerf vague. Par exemple, l’ouvrage « Le calme intérieur grâce à la théorie polyvagale » de Stephen W. Porges explique comment la théorie polyvagale peut nous aider à rétablir notre équilibre émotionnel.

Le nerf vague, qui est aussi qualifié de nerf pneumogastrique, fait partie du système parasympathique. Il a été constaté que l’activité vagale a des effets sur le rythme cardiaque, les vaisseaux sanguins, le cœur, les poumons, la sensibilité, ou encore le tube digestif. Le nerf vague prend son origine dans le tronc cérébral. Les ramifications sont nombreuses et passent par le cou, le thorax et jusqu’à l’abdomen pour finir au niveau du colon. Le nerf vague est constitué de fibres nerveuses sensorielles permettent un flux d’informations entre nos organes internes et le cerveau. 80% de ces informations sont afférentes c’est-à-dire qui proviennent des organes et arrivent au tronc cérébral et 20% des informations efférentes, c’est-à-dire qui partent du tronc cérébral vers les organes : ne pas utiliser les informations de notre corps reviendrait donc à se passer de ces 80% d’informations primordiales.

Selon la Théorie Polyvagale, le comportement social est fortement influencé par l’état émotionnel et le système nerveux autonome. L’idée principale réside dans l’hypothèse que la capacité à développer des relations saines et significatives est déterminée par l’état de la régulation vagale. Ainsi, selon la Théorie Polyvagale, les réactions émotionnelles sont basées sur le système nerveux végétatif et le système nerveux autonome. Cette théorie est devenue un outil précieux pour les cliniciens du monde entier, aidant à comprendre et à traiter une variété de troubles psychologiques et physiologiques et amener plus de sécurité dans l’alliance avec leur patient. Les applications innovantes de la Théorie Polyvagale peuvent contribuer à une meilleure prise en charge de patients souffrant de troubles anxieux et de stress post-traumatique en recréant de nouvelles connexions neuronales adaptées au présent.

Le dénominateur commun de la Théorie Polyvagale est que l’état interne des individus est la source fondamentale des comportements humains. Les expériences passées peuvent influencer notre réaction face à des situations stressantes. Par exemple, si dans une situation passée le système nerveux du patient à « enregistrer une alarme » en qualifiant un son/image/odeur comme signaux de danger extrêmes mettant en péril sa vie : il va adopter un mécanisme de défense physiologique ainsi que des émotions, des pensées et des comportements pour se protéger du danger. Il se peut que des années plus tard un ou plusieurs de ces signaux se réactivent fasse à un évènement sans que la personne ne comprennent réellement le sens.

 Selon la Théorie Polyvagale, l’expression faciale, inclinaison de la tête et du corps sont des facteurs clés dans la régulation des états émotionnels et du bien-être. La Théorie Polyvagale nous apprend à identifier nos réactions face à une situation et à adopter des comportements qui nous aident à nous sentir en sécurité.

La Théorie Polyvagale explique comment les réponses comportementales et physiologiques sont reliées aux états internes et aux expériences sociales. Elle est le fruit de décennies de recherche et de développement et offre un cadre théorique pour comprendre et traiter le stress et l’anxiété. Elle peut être appliquée de différentes façons pour aider à comprendre et à gérer les réactions émotionnelles et le comportement, fournissant des perspectives différentes sur le bien-être et la santé mentale.

La Théorie Polyvagale s’appuie sur 3 grands principes :

La hiérarchie des états autonome

Le système est organisé autour de 3 blocs structurels qui fonctionnent dans un certain ordre et sont dotés de voies prédéfinie organisé de la manière suivante :

o   L’état vagal ventral se réfère au système de connexion qui s’exprime quand nous nous sentons engagés, en sécurité et en confiance.

Si par exemple je vis une situation de défi, je suis capable de réfléchir, communiquer, trouver des solutions, demander de l’aide.

o   L’état vagal sympathique se réfère au système de protection par la mobilisation et une mise en action pour se défendre, combattre ou fuir.

Si par exemple je ne suis pas arrivé(e) en état ventral, à trouver une solution, je vais RÉAGIR et mobiliser mon énergie pour gérer ce défi en m’activant plus mentalement et physiquement par exemple.

o   L’état vagal dorsal se réfère au système de fermeture qui s’exprime par la protection et par la déconnexion. Selon la Théorie Polyvagale, le danger mortel est perçu par le système nerveux parasympathique et provoque une réaction d’immobilité, de figement et de déconnexion.

Si par exemple je ne suis pas arrivé(e) non plus par l’action à résoudre cette situation de défi, je me sens piégé et je vais RÉAGIR EN DERNIER RECOURS soit en arrêtant le mouvement, en laissant tomber, sans être vraiment là et attentif (déconnecté).

Il n’existe pas d’état plus important que l’autre : tous sont nécessaires à notre survie et notre adaptation à partir du moment où ils sont adaptés à la situation que nous vivons dans le présent.

L’important est de ne pas rester bloqué ou enfermé dans un de nos états.

 Cependant pour agir de manière saine, il s’agit d’avoir une flexibilité à basculer d’un état à l’autre. Pour cela, l’auto-régulation et la co-régulation permet de basculer vers l’état ventrale quand notre système est dérégulé.

Neuroception

La neuroception est la capacité que possède notre système nerveux (de manière inconsciente) à percevoir et alerter face à des signaux de sécurité ou de danger à la fois à l’extérieur de soi, à l’intérieur de soi, mais aussi entre soi et les autres.

La corégulation pour générer un sentiment de sécurité

La corégulation favorise un apaisement de notre Système nerveux grâce au Système nerveux régulé d’une autre personne. Il s’agit d’un impératif biologique qui nous permet de nous connecter aux autres en toute sécurité et c’est un ingrédient nécessaire au bien-être. Selon la Théorie Polyvagale, les processus psychologiques typiques sont la régulation des émotions, le maintien de la sécurité, le développement des relations et la communication sociale.  En effet, notre système nerveux recherche à être en lien avec le monde et les autres pour retrouver sa sécurité par le biais de l’autre. Dans cette même perspective, l’auto-régulation consiste à apaiser son système nerveux de manière autonome afin de revenir à un état de sécurité intérieure. Pour s’auto-réguler, il existe trois méthodes : la respiration, le mouvement et le toucher.

Le fait de connaître la Théorie Polyvagale permet d’apprendre à reconnaître nos 3 états et à les respecter pour leur rôle de protection pour notre survie, d’activer le nerf vague de manière plus consciente pour gagner en sécurité intérieure et en confiance en développant des méthodes pratiques pour apaiser ses signaux d’insécurité, afin d’observer une situation sous un autre angle et de mettre en place des comportements et ressources adaptés pour soi et dans la relation à l’autre.

Ainsi, un accompagnant qui comprend la Théorie Polyvagale est capable de mettre en œuvre des techniques pratiques pour réguler son nerf vague, de prévenir et de se préserver de la fatigue de compassion. Tout d’abord, lorsqu’il ressent de l’insécurité, il peut, grâce à la neuroception, employer de manière consciente l’une des 3 astuces que sont la respiration, le mouvement ou l’auto-toucher. De même, quand il perçoit les signaux d’insécurité dans la relation d’accompagnement ou chez l’autre, il peut facilement questionner les besoins de l’autre ou proposer avec l’autorisation de l’autre de bouger dans l’espace, de prendre un temps de respiration ou encore de toucher, par exemple, une épaule pour réguler le nerf vague de son interlocuteur.

Si lors d’une séance vous percevez une baisse d’énergie sur votre client (intonation de voix, posture qui s’affaisse, brouillard mental) vous pouvez nommer, grâce à l’approche Polyvagale :

Exercices pratiques pour la thérapie (notamment la gestion de traumas) et le coaching

La pratique de la Théorie Polyvagale permet d’entraîner la flexibilité de son nerf vague en passant d’un état à l’autre, et de créer des relations authentiques et sécurisantes pour permettre à chacun de révéler son potentiel.

Par exemple, dans la cadre de l’accompagnement en coaching ou en thérapie, une séance efficace résulte d’une bonne interaction entre le système nerveux du praticien et du client. L’activation peut être facilitée donnant des signaux sécurisant (favoriser une neuroception de sécurité). Il est possible d’utiliser des éléments pour créer un cadre sécure avec un lieu calme, des sièges confortables, des photos inspirantes ou encore une lumière tamisée. Dans la relation, Il est également possible d’ajuster sa posture, en soulignant son empathie avec des mots, mais aussi le paraverbal et le non verbal (comme le positionnement des chaises et en prenant conscience de ce qui se passe dans le corps avant de débuter la séance). Il est aussi possible de transmettre des techniques d’apaisement pour le patient et surtout de l’inviter à identifier ses sensations et ses ressentis, pour détecter les déclencheurs d’insécurité et adopter de nouvelles stratégies cognitives et comportementales pour s’apaiser et réagir différemment dans les situations qui nous défient.

Une formation pratique en théorie polyvagale : sortir des livres théoriques pour basculer dans la pratique

Émilie Barret, est coach humaniste, formée à l’Intelligence Relationnelle et à la Théorie Polyvagale. Dans la formation en théorie polyvagale, en s’appuyant sur les apports de la neurobiologie, elle expose les fondements théoriques puis les déclinent avec les stagiaires dans le contexte de l’accompagnement. Chacun apprend à mieux se connaître pour identifier ses propres signaux d’insécurité, en lien avec son monde intérieur, chez ses interlocuteurs, et dans la relation à l’autre. À mieux se comprendre et respecter leurs propres réactions de protection, stratégies de « survie » qu’ils ont mis en place . Ils apprennent à s’auto-réguler pour s’apaiser. Enfin, par des mises en situation pratiques, ils apprennent à co-réguler la relation pour renforcer l’alliance dans l’accompagnement et offrir ainsi à leur client plus de ressources et d’autonomie pendant, et en dehors des séances.

Si la théorie polyvagale vous intéresse, en amont de la formation, vous pouvez bien sûr participer à nos conférences et webinaires ou encore écouter notre podcast dédié à la TPV. Pour permettre aux praticiens de connaître les enjeux de la relation d’accompagnement, nous leur recommandons aussi la formation bases de psychopathologie.

Si vous êtes coach professionnel, alors, vous connaissez forcément l’importance du « safe place » qui est un prérequis au coaching. En effet, dans cette alliance marquée par la confiance, le coaché peut s’autoriser à se montrer authentique et vulnérable pour développer son potentiel grâce au changement de type 2. À la différence du changement de type 1 qui consiste à atteindre l’objectif défini en coaching en développant de nouveaux comportements tout en gardant le même schéma mental ; dans un changement de type 2, le coaché transforme en profondeur ses croyances limitantes avec de nouvelles cognitions (processus d’attention, représentations mentales, schémas de pensées) pour s’engager dans de nouveaux comportements et attitudes lui permettant d’atteindre plus facilement ses objectifs, voire de les dépasser.

Si vous êtes un coach en processus de certification ou renouvellement à l’ICF, alors, grâce aux apports de la théorie polyvagale vous serez capable de progresser rapidement en mentoring dans le développement de votre maîtrise des compétences ICF : 4- Maintient un espace de confiance et de sécurité et 5- Reste en présence. Naturellement, vous serez plus même de renforcer les compétences 7 et 8 en suscitant des prises de conscience et en favorisant la croissance du client, grâce aux questions puissantes et à la confrontation bienveillante.

Prêt.e à embarquer dans une formation qui transformera vos perspectives de la relation d’accompagnement ?

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